Description de l’épisode
Depuis qu’Oussama Ammar a publié cette phrase, notre chroniqueur économique Amid Faljaoui n’arrive pas à se la sortir de la tête. Et cette phrase, la voici : "Le télétravail a détruit la géographie du travail, et l’intelligence artificielle est en train d’en détruire la temporalité". Derrière cette formule, il y a bien plus qu’un effet LinkedIn. C’est peut-être l’un des véritables tournants du XXIᵉ siècle. Une chronique signée Amid Faljaoui. Commençons par la première partie : le télétravail a détruit la géographie du travail. Avant, travailler signifiait se rendre quelque part : on allait au bureau, on partageait un espace, on croisait des collègues, on vivait le travail dans un lieu physique. Depuis la pandémie de , le travail s’est délocalisé. La géographie du travail, c’est-à-dire la frontière entre le lieu de vie et le lieu de travail, a disparu. En revanche, la temporalité, elle, demeurait : le rythme collectif restait celui du temps de travail traditionnel. L’intelligence artificielle est en train de détruire cette temporalité. Avec l’IA, le temps devient élastique. Autrefois, le contrat entre un salarié et son entreprise était simple : tu me donnes ton temps, je te rémunère pour cela. Aujourd’hui, ce modèle se fissure. L’IA exécute les tâches parfois mieux, et souvent bien plus vite. L’humain intervient ensuite pour juger, corriger, valider. Le travail ne se mesure donc plus en heures, mais en pertinence. Et ce changement est un séisme silencieux : il remet en question la notion même de contrat de travail. Si la valeur ne vient plus de la durée du travail, mais du discernement, alors comment rémunérer ce travail ? Les entreprises achètent désormais une vitesse d’impact, une capacité à produire du sens en un temps réduit. Cela rebat complètement les cartes, notamment pour les seniors : leur expérience, leur regard critique et leur sens du jugement deviennent des ressources rares et précieuses. Hier, le capitalisme exploitait le temps humain. Demain,