Description de l’épisode
Est-ce qu'on peut vous vendre un médicament alors que vous allez très bien ? Une entreprise y croit tellement qu'elle vient de battre un record vieux comme la pharmacie. Mille milliards de dollars en Bourse. Grâce à une simple piqûre pour maigrir. Et ça, ce n'est que le début de son plan. Un plan qui pourrait bien vous concerner, comme l'explique notre chroniqueur économique Amid Faljaoui. Le laboratoire américain Eli Lilly, fondé en 1876, pèse aujourd'hui 1 000 milliards de dollars en capitalisation boursière. Jamais un laboratoire pharmaceutique n'avait atteint un tel montant. Ce qui l'a hissé aussi haut ? Une petite piqûre pour maigrir, capable de faire perdre jusqu'à un cinquième du poids corporel. Ce qui étonne d'emblée, c'est que ce géant repose presque entièrement sur un seul produit : une unique substance, vendue sous deux noms différents — l'un pour le diabète, l'autre pour l'obésité. À elle seule, cette molécule représente près des deux tiers du chiffre d'affaires de l'entreprise. La deuxième surprise est encore plus révélatrice. Le patron d'Eli Lilly ne souhaite pas limiter son marché aux seuls malades. Dans un entretien accordé au magazine économique The Economist, il détaille son ambition : vendre de la santé à des gens qui vont très bien. L'idée n'est plus de guérir des maladies, mais d'empêcher les gens de tomber malades, en administrant des traitements avant même l'apparition des premiers symptômes. Eli Lilly teste ainsi son traitement contre la maladie d'Alzheimer sur des personnes qui n'en présentent encore aucun signe. L'intention peut sembler louable. Mais ce qu'implique concrètement ce modèle, c'est de maintenir des personnes en bonne santé... sous médicament, pendant des années, parfois à vie. Eli Lilly ambitionne de ressembler moins à un laboratoire pharmaceutique et davantage à une entreprise technologique, dont le produit serait la santé préventive à grande échelle. Deux questions fondamentales se posent alors. La première est économique