Description de l’épisode
Revenons sur ce qui s'est passé vendredi soir à Anderlecht. Deux hommes sont arrivés en trottinette, tirent à l'arme automatique sur un commissariat, puis disparaissent. Les balles ont traversé la porte. Fort heureusement, personne n'a été blessé. Samedi matin, et durant tout le week-end, les réactions politiques sont tombées. Le ministre de l'Intérieur est profondément choqué. Le ministre président bruxellois évoque un nouvel avertissement. Le bourgmestre dénonce une pression intolérable. Quant au chef de corps, il avance la piste de représailles après les opérations de l'été. On dérange, dit-il, sous-entendu les narcotrafiquants. Mais il y a un détail qui change la lecture. Le commissariat est largement désaffecté et la commune souhaite même le vendre. Vendredi soir, fort heureusement, il était fermé. Pourquoi tirer sur un commissariat largement désaffecté ? La théorie économique apporte une réponse. Michael Spence, prix Nobel d'économie en 2001, a développé ce qu'on appelle la théorie du signal. Quand vous ne pouvez pas prouver directement votre force, vous envoyez un signal. Pour être crédible, celui-ci doit normalement être coûteux et difficile à imiter. A Anderlecht, vendredi soir, les tireurs ont produit l'apparence d'un signal très coûteux, tout en réduisant son coût opérationnel. Pour le public, mitrailler un commissariat, c'est attaquer l'État. Mais la cible est un bâtiment désaffecté, choisi en pleine nuit. Le risque pénal reste certes immense, mais celui d'une confrontation et de victimes a été donc fortement limité. C'est donc une opération de communication criminelle à très très haut rendement. Peu de moyens et un écho maximal. Les auteurs de cette fusillade ne payent d'ailleurs pas toute la facture. En économie, on appelle ça une externalité. Le coût, il est transféré à d'autres. On inquiète les habitants et on dissuade les témoins du quartier de parler. Le message est très clair. Si le commissariat lui-même peut être mitraillé, le calcul de cel