Description de l’épisode
Depuis 2013, toutes les deux ou trois semaines, Paul B. Preciado tient chronique dans Libération. Le philosophe y saborde l’usage d’un mot-valise bourré de haine (« féminazie »), suggère de déboulonner chaque statue de notre passé colonial, évoque avec tendresse sa mère âgée, déclare « la grève des utérus » ou son amour « pour le mouvement délicat d’une chenille sur l’écorce d’un arbre ». Il y raccourcit ses phrases et élargit son lectorat, qui ne se cantonne plus aux universitaires et aux camarades des luttes LGBTQIA+. En 2019, un recueil de ces textes, qui portent la mémoire de l’oppression iste, homophobe ou transphobe, écrits dans des hôtels ou des aéroports, rassemblés sous le titre Un appartement sur Uranus (Grasset), s’orne d’une préface de Virginie Despentes. L’autrice de King-Kong Théorie prévient : « L’idée n’est pas de vous laisser indemne, mais vous verrez, c’est sans violence. » La même année, Preciado provoque une polémique internationale lors d’un colloque de psychanalystes freudiens, en passant par Kafka. Le titre du livre qui en découle, Je suis un monstre qui vous parle, vendu à seize mille exemplaires, confirme sa propension à chanter « les mutations constantes », comme en témoigne encore Mon nom est Body, sa longue postface au témoignage anonyme d’une existence trans paru en 1907 en Allemagne sous le titre Mémoires des années de jeune fille d’un homme (Seuil, 2026). Mais où en est sa relecture du mythe d’Œdipe, Œdipe trans ? A-t-il quitté les éditions Grasset ? Comment est-il passé à la réalisation pour adapter si brillamment le roman Orlando de Virginia Woolf, quatre fois récompensé à Berlin en 2023 ? Comme le démontre ce troisième et dernier épisode, gloire au mélange des genres, surtout quand ça dérange. L’auteur du mois : Paul B. Preciado Né en 1970 à Burgos (Espagne), Paul B. Preciado est philosophe, écrivain, commissaire d’exposition et réalisateur. Depuis la sortie de son Manifeste contre-uel (Balland, 2000, réédité Au Diable Vauv